Pièce à conviction : des chercheurs évaluent la santé des sols grâce à une méthode inhabituelle

9 septembre 2026

Une culotte comme test de sol : en Suisse, 1 000 volontaires ont enterré des sous-vêtements en coton. Ils se sont décomposés le plus rapidement dans les jardins privés et le plus lentement sur les pelouses. Mais rapide ne signifie pas nécessairement sain.

Bien que les sols stockent l’eau et le carbone et alimentent les plantes en nutriments, leur état reste généralement invisible. Or, la biodiversité du sol et la qualité des sols se dégradent fortement dans bien des régions. Une étude de l’Université de Zurich (UZH) et du centre de recherche agricole Agroscope montre désormais comment rendre visibles la vie du sol – grâce à une méthode inhabituelle. Elle a été publiée dans la revue spécialisée Plants, People, Planet.

« Pièce à conviction : sous-vêtement » : Comment les chercheurs ont collecté les données

Dans le cadre du projet de science citoyenne « Pièce à conviction : sous-vêtement », environ 1 000 bénévoles ont enterré en 2021 chacun deux sous-vêtements en coton et plusieurs sachets de thé à divers endroits en Suisse. Après 30 et 60 jours, les matériaux ont été déterrés, photographiés et renvoyés avec des échantillons de sol. Sur les sous-vêtements envoyés, 1 752 ont été rendus, et pour l’analyse statistique, 780 sites ont été retenus.

Les chercheurs ont ensuite évalué dans quelle mesure les sous-vêtements s’étaient décomposés. La vitesse de dégradation sert de valeur approchée pour l’activité biologique du sol : plus le coton se décompose rapidement, plus les organismes du sol sont actifs. Parmi eux figurent notamment des micro-organismes, des champignons et des vers de terre. Les résultats fournissent une carte nationale de l’activité biologique des sols suisses.

Résultat : jardins privés en tête, pelouses à l’arrière

Les écarts entre les sites étaient considérables. Après deux mois, les sous-vêtements dans les jardins privés s’étaient en moyenne décomposés d’environ 58 %. Sur les pelouses, ce chiffre n’était que d’environ 40 %. Les champs et les prairies permanentes occupaient des valeurs intermédiaires, autour de 51 % et 47 % respectively.

Le type d’utilisation des terres expliquait mieux les différences de décomposition que la plupart des propriétés physiques et biologiques mesurées du sol. Des facteurs chimiques comme la teneur en nutriments jouaient également un rôle important. Une dégradation forte des sous-vêtements était souvent associée à une forte fertilité et à une bonne alimentation en nutriments du sol.

« Nos résultats montrent que la gestion des sols peut avoir une influence considérable sur la vie et la qualité du sol », résume le co-responsable de l’étude, Marcel van der Heijden, dans un communiqué de presse de l’Université de Zurich. Selon lui, des mesures telles que une couverture permanente du sol, l’utilisation de compost, des rotations de cultures diversifiées, ainsi qu’une réduction de l’usage d’engrais minéraux et de produits phytosanitaires pourraient favoriser la vie du sol.

Une dégradation rapide n’est toutefois pas automatiquement un signe de bonne santé du sol

Une dégradation rapide n’est toutefois pas un gage universel de qualité d’un sol. Le coauteur Franz Bender d’Agroscope souligne que ce résultat n’est pas souhaitable pour tous les écosystèmes. « Dans des milieux naturels tels que les forêts, des niveaux très élevés de nutriments peuvent signaler des perturbations de l’équilibre nutritionnel naturel. Même dans les jardins, une forte dégradation des sous-vêtements peut indiquer un apport excessif en nutriments », explique l’expert. Dans de tels cas, il peut être pertinent de réduire les apports d’engrais.

De plus, l’activité du sol dépend fortement de la température et de l’humidité. Par temps froid ou sec, les processus biologiques ralentissent nettement. Le déclin des sous-vêtements ne fournit donc pas un contrôle complet de la santé du sol.

Ce que disent vraiment les données des sous-vêtements

Les chercheurs proposent l’« indice sous-vêtement » comme outil facile à comprendre pour la science citoyenne et l’éducation. Il peut rendre visibles les écarts de décomposition et de fertilité des sols et sensibiliser à la protection des sols.

L’étude montre aussi les limites de la méthode: l’indice reflète davantage la fertilité et la disponibilité des nutriments que la santé globale du sol dans son sens écologique étendu. Le modèle statistique n’a pas pu expliquer toutes les différences dans la vitesse de décomposition.

Pourtant, l’ensemble des données recueillies dans différentes régions de Suisse est remarquable. Selon l’UZH, il constitue l’un des jeux de données les plus complets sur l’activité biologique des sols du pays et n’aurait pas été possible sans le soutien des bénévoles. Environ 240 scientifiques citoyens ont été mentionnés comme coauteurs de l’étude. En échange, ils ont reçu des retours sur leurs échantillons de sol, une aide à l’interprétation et des recommandations pour une gestion plus durable.

Verwendete Quellen: Pressemitteilung Universität Zürich, Plants, People, Planet

Noé Valmont

Je m’intéresse aux produits que nous utilisons chaque jour, à leur composition et à leur impact réel sur la santé et l’environnement. Mon travail consiste à analyser ces éléments et à les rendre compréhensibles, sans détour. Je privilégie une approche simple et concrète : expliquer clairement, comparer efficacement et proposer des alternatives accessibles.