Échec médiatique collectif : pourquoi ce graphique mérite plus d’attention

13 octobre 2026

Dans le Pacifique, les températures de l’eau dépassent largement les valeurs de référence des années précédentes. Les spécialistes prévoient un El Niño exceptionnellement fort – avec des conséquences potentielles pour des millions de personnes. Le journaliste scientifique Christian Stöcker appelle à accorder une attention accrue à cette évolution.

Une ligne rouge s’élève d’un faisceau de courbes grises. Depuis des mois, elle se situe nettement au-delà des valeurs de référence des années antérieures. L’écart demeure aussi important, même au tout début du mois d’octobre.

Le graphique montre la température de la couche supérieure de l’eau dans ce qu’on appelle la région Niño-3.4, une vaste zone le long de l’équateur dans le Pacifique central. C’est là que les spécialistes suivent l’évolution d’El Niño. La ligne rouge représente 2026.

Le 6 octobre, la température moyenne de l’eau dans cette région selon Climate Reanalyzer s’élevait à 29,98 degrés Celsius – 3,31 degrés au-dessus de la valeur de comparaison pour cette date dans la période 1991 à 2020.

(Graphique : Climate Reanalyzer, Climate Change Institute, University of Maine. Données : NOAA OISST v2.1. Licence : CC BY 4.0. Données au : 6 octobre 2026, valeurs provisoires.)

La carte mondiale ci-dessous montre où la température de surface de la mer est plus chaude ou plus froide que la moyenne de 1991 à 2020. La bande rouge vive le long de l’équateur rend visible le réchauffement inhabituel du Pacifique. Le rectangle noir marque la région Niño-3.4, dont la température moyenne de l’eau est reflétée par la courbe ci-dessus. Le réchauffement s’étend nettement au-delà de cette zone.

La présentation provient du Climate Reanalyzer de l’Université du Maine et repose sur les données de l’agence climatique et océanique américaine NOAA. Les valeurs les plus récentes sont provisoires; la série de données remonte jusqu’en 1981.

Stöcker relie le graphique sur les réseaux sociaux à une accusation explicite : que la majorité des habitants de ce pays ne l’aient jamais vu serait l’expression d’un « échec collectif des médias ». « L’occultation a pris des proportions absurdes », affirme-t-il.

Pourquoi cette courbe mérite-t-elle davantage d’attention ?

Des experts prévoient un El Niño exceptionnellement fort

El Niño est un phénomène climatique naturel, au cours duquel l’eau de surface du Pacifique tropical central et oriental s’échauffe de façon inhabituelle. En parallèle, les vents et les régimes de précipitations se transforment, avec des répercussions bien au-delà des océans.

Le graphique montre des températures quotidiennes. Pour évaluer la force d’un El Niño, les spécialistes examinent toutefois l’intensification sur plusieurs mois. Ils observent aussi comment les températures de l’eau, les vents et les précipitations s’influencent mutuellement. La NOAA prend en compte, dans l’indice climatique qu’elle utilise, le réchauffement global des mers tropicales. La déviation affichée dans le graphique ne peut donc pas être directement comparée aux seuils de leurs prévisions El Niño.

Les prévisions de la NOAA du 10 septembre évoquent une probabilité de plus de 90 pour cent d’un El Niño très fort à l’automne et en hiver 2026/27. Pour octobre à décembre, la probabilité d’un événement qui dépasserait les El Niño antérieurs depuis 1950 est estimée à 75 pour cent.

Le météorologue Andreas Fink, du Karlsruher Institut für Technologie (KIT), décrit dans une interview accordée au ZDF le 3 septembre une forte intensification au cours des derniers mois. Il prévoit que le point culminant se produira vers la fin de l’année.

Un phénomène naturel rencontre un monde plus chaud

El Niño est une fluctuation climatique naturelle. Mais les conditions dans lesquelles cette fluctuation se produit ont été modifiées par le changement climatique d’origine humaine.

Fink décrit l’interaction dans un reportage mis à jour le 7 octobre par BR comme une balançoire climatique entre des phases chaudes et froides. Ces fluctuations s’accompagnent aujourd’hui d’une atmosphère plus chaude, capable d’emmagasiner davantage de vapeur d’eau. Dans les fortes pluies, cela peut se traduire par davantage d’eau qui tombe. Des pluies extrêmes pourraient ainsi être encore plus violentes, explique Fink.

Il faut différencier cela de la question de savoir si le changement climatique renforce aussi la fluctuation El Niño elle-même. Des simulations informatiques détaillées suggèrent que le réchauffement d’origine humaine pourrait amplifier les futurs épisodes El Niño. Dans quelle mesure cette variation climatique naturelle évoluera reste l’objet des recherches actuelles, souligne la climatologue Daniela Matei du Max-Planck-Institut für Meteorologie.

Les conséquences vont jusqu’à l’approvisionnement alimentaire

Fink juge les prévisions pour certaines régions relativement fiables : sur les côtes pacifiques de l’Équateur et du nord du Pérou, le risque de fortes précipitations et d’inondations augmente. En Indonésie et dans le nord de l’Australie, sécheresse et feux potentiels menacent. Pour le temps en Allemagne, les effets directs restent nettement plus incertains.

L’Allemagne pourrait aussi être affectée sur le plan économique : des pertes de récoltes à l’échelle mondiale pourraient faire monter les prix des denrées alimentaires, avertissent les climatologues Mojib Latif dans BR.

Que des millions de personnes puissent être en danger est pris au sérieux par des organisations humanitaires internationales : la FAO et le Programme alimentaire mondial veulent, par des mesures préventives, protéger près de neuf millions de personnes dans 22 pays face à d’éventuels effets d’un El Niño fort.

Les avertissements sont suffisamment clairs pour faire de cette évolution une information majeure. Il s’agit de l’approvisionnement en eau, des récoltes et des moyens de subsistance de populations dans plusieurs régions du monde.

Voici le cœur de l’exigence de Stöcker : les médias doivent rendre compréhensible ce qui se profile tant qu’il reste du temps pour se préparer. Ceux qui racontent la crise climatique principalement à travers des images de forêts en flammes et de villes inondées le font souvent lorsque des personnes perdent déjà leurs moyens de subsistance. Cette courbe rouge mérite donc d’être à l’antenne dès maintenant. Le public a besoin d’informations claires sur les risques imminents, avant qu’ils ne se transforment en catastrophes.

Sources utilisées : ClimateReanalyzer, NOAA, ZDF, BR, Max-Planck, WFP,

Noé Valmont

Je m’intéresse aux produits que nous utilisons chaque jour, à leur composition et à leur impact réel sur la santé et l’environnement. Mon travail consiste à analyser ces éléments et à les rendre compréhensibles, sans détour. Je privilégie une approche simple et concrète : expliquer clairement, comparer efficacement et proposer des alternatives accessibles.