2 000 sous-vêtements enterrés puis déterrés : ce que révèle l’expérience

31 août 2026

Un sous-vêtement en coton comme test de sol : en Suisse, 1 000 volontaires ont enterré des sous-vêtements en coton. Ils se sont dégradés le plus rapidement dans les jardins privés, le moins lentement sur les surfaces en gazon. Mais rapide ne signifie pas automatiquement sain.

Bien que les sols stockent l’eau et le carbone et nourrissent les plantes en nutriments, leur état reste souvent invisible. Or, la biodiversité du sol et la qualité des sols se dégradent fortement dans de nombreuses régions. Une étude de l’Université de Zurich (UZH) et du Centre de recherche agricole Agroscope montre désormais comment rendre visibles les êtres vivants du sol — grâce à une méthode inhabituelle. Elle a été publiée dans la revue spécialisée Plants, People, Planet.

« Pièce à conviction : sous-vêtement » : Comment les chercheurs ont collecté les données

Dans le cadre du projet de science citoyenne « Pièce à conviction : sous-vêtement », environ 1 000 bénévoles ont enterré, en 2021, à différents endroits en Suisse, chacun deux sous-vêtements en coton et plusieurs sachets de thé. Après 30 et 60 jours, les matériaux ont été déterrés, photographiés et renvoyés, avec des échantillons de sol. Parmi les sous-vêtements envoyés, 1 752 ont été restitués, et pour l’analyse statistique, 780 sites ont été retenus.

Les chercheur·e·s ont ensuite évalué dans quelle mesure les sous-vêtements s’étaient dégradés. La vitesse de décomposition sert alors d’indice approximatif de l’activité biologique du sol: plus le coton se désintègre rapidement, plus les organismes du sol impliqués sont actifs. Parmi ces organismes figurent notamment des micro-organismes, des champignons et des vers de terre. Les résultats permettent d’établir une carte nationale de l’activité biologique des sols suisses.

Résultat : jardins privés en tête, pelouses derrière

Les différences entre les sites étaient considérables. Après deux mois, les sous-vêtements dans les jardins privés s’étaient dégradés en moyenne d’environ 58 pour cent. Sur les pelouses, la dégradation n’atteignait qu’environ 40 pour cent. Les champs et les prairies permanentes se situaient entre ces valeurs, autour de 51 et 47 pour cent respectivement.

Le type d’utilisation des terres expliquait mieux les différences de décomposition que la plupart des autres propriétés physiques et biologiques mesurées du sol. Des facteurs chimiques tels que la teneur en nutriments jouaient également un rôle important. Un fort taux de dégradation des sous-vêtements était souvent lié à une grande fertilité et à une bonne alimentation en nutriments.

« Nos résultats montrent que la gestion des sols peut avoir une grande influence sur la vie du sol et sa qualité », résume le co-animateur Marcel van der Heijden dans un communiqué de presse de l’Université de Zurich. Selon lui, des mesures comme le couvert permanent du sol, l’utilisation de compost, des rotations de cultures diversifiées, ainsi qu’une réduction de l’usage d’engrais minéraux et de produits phytosanitaires pourraient favoriser la vie du sol.

Une décomposition rapide n’est pas automatiquement synonyme de bonne santé

Cependant, une décomposition rapide n’est pas un gage absolu de santé du sol. Le co-auteur Franz Bender d’Agroscope souligne que ce résultat n’est pas souhaitable pour tous les écosystèmes. « Dans des milieux naturels comme les forêts, des niveaux de nutriments très élevés peuvent signaler des perturbations du bilan nutritionnel naturel. Même dans les jardins, une forte décomposition des sous-vêtements peut indiquer un surdosage en nutriments », explique l’expert. Dans de tels cas, il pourrait être utile de réduire les apports en fertilisants.

De plus, l’activité du sol dépend fortement de la température et de l’humidité. En période de froid ou de sécheresse, les processus biologiques ralentissent sensiblement. La décomposition des sous-vêtements ne fournit donc pas un contrôle complet de la santé du sol.

Ce que révèlent réellement les données des sous-vêtements

Les chercheurs proposent l’« indice sous-vêtement » comme outil facile à comprendre pour la science citoyenne et l’éducation. Il peut mettre en évidence les différences de décomposition et de fertilité des sols et sensibiliser à la protection des sols.

L’étude montre aussi les limites de la méthode : l’indice reflète davantage la fertilité du sol et la disponibilité des nutriments que la santé du sol dans le sens écologique global. Le modèle statistique n’a pas pu expliquer toutes les différences de vitesse de décomposition.

Néanmoins, l’ampleur des données rassemblées dans diverses régions de Suisse est remarquable. Selon l’UZH, elles constituent l’un des ensembles les plus complets sur l’activité biologique des sols du pays et n’auraient pas été possibles sans le soutien des bénévoles. Environ 240 scientifiques citoyens ont été cités comme co-auteurs de l’étude. En échange, ils ont reçu des retours sur leurs échantillons de sol, une aide à l’interprétation et des recommandations pour une gestion plus durable.

Sources utilisées: Communiqué de presse de l’Université de Zurich, Plants, People, Planet

Noé Valmont

Je m’intéresse aux produits que nous utilisons chaque jour, à leur composition et à leur impact réel sur la santé et l’environnement. Mon travail consiste à analyser ces éléments et à les rendre compréhensibles, sans détour. Je privilégie une approche simple et concrète : expliquer clairement, comparer efficacement et proposer des alternatives accessibles.