- De nouvelles recherches suggèrent que la consommation d’un seul type de protéine pourrait réduire le risque de maladie d’Alzheimer.
- Ce n’est pas la première étude à établir ce lien.
- Les experts évoquent plusieurs explications possibles.
Alors que les scientifiques poursuivent leurs recherches pour comprendre les causes exactes de la maladie d’Alzheimer, les études permettent progressivement d’identifier de nouvelles façons de réduire le risque. La plus accessible est étonnamment simple: manger des œufs.
Une étude publiée dans The Journal of Nutrition a mis en évidence qu’une consommation régulière d’œufs chez les personnes de 65 ans et plus est associée à un risque plus faible de développer Alzheimer. Pour cette étude, les chercheurs ont analysé les données de près de 40 000 participants issus de la cohorte Adventist Health Study 2, une étude de longue haleine menée aux États‑Unis et au Canada examinant les liens entre mode de vie, alimentation et maladie.
Les participants ont été suivis pendant un peu plus de 15 ans. Au cours de cette période, 2 858 d’entre eux ont développé la maladie. Les chercheurs ont constaté que ceux qui consommaient des œufs une à trois fois par mois présentaient un risque inférieur de 17 % de développer Alzheimer, tandis que ceux qui en mangeaient deux à quatre fois par semaine voyaient leur risque diminuer de 20 %.
Les auteurs indiquent qu’une consommation modérée d’œufs est associée à une réduction notable du risque d’Alzheimer et que ces résultats soutiennent l’idée d’un bénéfice neuroprotecteur des nutriments présents dans les œufs lorsqu’ils s’inscrivent dans une alimentation équilibrée.
Pourquoi les œufs pourraient-ils aider à réduire le risque d’Alzheimer, et comment cela se compare-t-il à d’autres approches de prévention ? Voici ce que les experts veulent que vous reteniez.
Rencontrez les experts: Clifford Segil, D.O., neurologue au Providence Saint John’s Health Center à Santa Monica (Californie); Jessica Cording, R.D., auteur du The Little Book of Game Changers; Sandra Zhang, R.D.N., L.D.N., diététicienne au Frances Stern Nutrition Center du Tufts Medical Center.
Comment les œufs pourraient-ils réduire le risque d’Alzheimer ?
L’étude ne s’est pas penchée sur le mécanisme précis, elle a simplement établi une association entre une consommation plus élevée d’œufs et un risque plus faible d’un diagnostic d’Alzheimer. Toutefois, ces résultats s’accordent avec une étude publiée en 2024 qui avait abouti à des conclusions similaires.
Cette étude, également publiée dans The Journal of Nutrition, a analysé les données de 1 024 personnes âgées et a montré que ceux qui consommaient plus d’un œuf par semaine présentaient une réduction de 47 % du risque de développer Alzheimer. Les participants qui en consommaient deux ou plus par semaine présentaient une chute de risque similaire. Chez certains participants, des autopsies cérébrales après le décès ont aussi montré un moindre risque d’être porteurs des marqueurs de la maladie.
Même s’il existe un lien entre la consommation d’œufs et un risque moindre d’un diagnostic d’Alzheimer, la raison exacte demeure incertaine. Plusieurs hypothèses existent néanmoins.
L’une d’elles suppose que la choline contenue dans les œufs, majoritairement dans le jaune, contribue à réduire ce risque. « Les œufs constituent une excellente source de choline, un nutriment essentiel qui soutient la mémoire et les fonctions cognitives », note Jessica Cording. (L’étude de 2024 mentionnée ci-dessus indiquait qu’environ 40 % de la réduction du risque pourrait provenir de la choline.)
La choline est utilisée pour fabriquer l’acétylcholine, un neurotransmetteur impliqué dans la mémoire et le fonctionnement cérébral, précise Sandra Zhang.
Selon Clifford Segil, l’importance de la choline est particulièrement marquée. « Les médicaments qui augmentent l’acétylcholine dans le cerveau existent et montrent leur efficacité dans le traitement de la démence liée à Alzheimer », indique-t-il, citant notamment l’Aricept (donepezil).
Les œufs apportent aussi de la vitamine B12, qui soutient les fonctions cognitives, rappelle Cording. « Certaines variétés contiennent aussi de la vitamine D et des acides gras oméga-3, tous essentiels au fonctionnement du cerveau », ajoute-t-elle. « La plupart de ces nutriments se retrouvent dans le jaune. Autrement dit, vous risquez peu de tirer les mêmes bienfaits avec une omelette faite uniquement de blancs d’œufs. »
Les œufs constituent également une bonne source de lutéine, nutriment lié à une meilleure fonction cognitive, précise Zhang.
Comment cela se situe-t-il face à d’autres moyens de diminuer le risque d’Alzheimer ?
L’étude n’a pas directement comparé la consommation d’œufs à d’autres stratégies de prévention de la maladie. En revanche, les experts estiment qu’il s’agit d’un autre élément à ajouter à un mode de vie favorable. Voici d’autres approches recommandées par les recherches récentes :
- Éviter le tabac.
- Pratiquer une activité sportive modérée à vigoureuse au moins 150 minutes par semaine.
- Limiter la consommation d’alcool à un verre par jour pour les femmes et à deux verres par jour pour les hommes.
- Entreprendre des activités stimulant le cerveau, comme la lecture ou les jeux intellectuels.
- Suivre le régime MIND, ou une variante de celui-ci.
« Les preuves les plus solides pour réduire le risque d’Alzheimer demeurent centrées sur les habitudes de vie globales – activité physique régulière, gestion de la pression artérielle et de la glycémie, sommeil de qualité et régimes alimentaires comme le Méditerranéen ou le régime MIND », explique Zhang. « Manger des œufs peut s’inscrire dans une alimentation saine, mais ce n’est pas une intervention miraculeuse à elle seule. »
Le verdict final
Il n’existe pour l’instant aucune recommandation officielle demandant de manger des œufs dans le but de diminuer le risque d’Alzheimer. Toutefois, les œufs font officiellement partie d’une alimentation favorable à la santé cérébrale, puisqu’ils figurent dans le régime MIND.
Néanmoins, les ajouter à votre alimentation peut soutenir la santé du cerveau, même si l’emprise exacte reste incertaine. « Les œufs ne préviennent pas l’Alzheimer de manière magique », affirme Cording. « Ce que j’espère que les gens retiendront, c’est qu’il ne faut pas hésiter à consommer l’œuf dans son ensemble. »
Le Dr Segil partage cet avis: les œufs pris seuls ne suffisent probablement pas à éliminer votre risque. « Mangez des œufs si vous les appréciez, mais ne vous attendez pas à ce qu’un œuf par jour éloigne le neurologue », précise-t-il.