Dans le Pacifique, les températures de l’eau dépassent largement les valeurs comparatives des années précédentes. Les experts anticipent un El Niño particulièrement fort – avec des répercussions possibles pour des millions de personnes. Le journaliste scientifique Christian Stöcker appelle à accorder une attention accrue à cette évolution.
Une ligne rouge s’élève d’un faisceau de courbes grises. Depuis des mois, elle se situe nettement au-dessus des valeurs de référence des années antérieures. L’écart demeure même début octobre extraordinairement important.
Le graphique montre la température de la couche supérieure de l’eau dans ce qu’on appelle la région Niño-3.4, une vaste zone le long de l’équateur dans le Pacifique central. Là, les spécialistes suivent l’évolution d’El Niño. La ligne rouge représente 2026.
Le 6 octobre, la température moyenne de l’eau dans cette région était selon Climate Reanalyzer de 29,98 degrés Celsius – soit 3,31 degrés au-dessus de la valeur moyenne pour cette date sur la période 1991-2020.
La carte mondiale ci-dessous indique où la surface des océans est plus chaude ou plus froide que la moyenne de 1991 à 2020. La bande rouge vif le long de l’équateur rend visible le réchauffement inhabituel du Pacifique. Le carré noir marque la région Niño-3.4, dont la température moyenne de l’eau est représentée par la courbe ci-dessus. Le réchauffement s’étend nettement au-delà de cette zone.
Cette représentation provient du Climate Reanalyzer de l’Université du Maine et repose sur les données de l’agence météorologique et océanographique américaine NOAA. Les valeurs les plus récentes sont préliminaires; la série de données remonte à 1981.
Stöcker associe le graphique sur les réseaux sociaux à une accusation nette : que la plupart des habitants de ce pays ne l’aient jamais vu, ce qui serait l’expression d’un « échec collectif des médias ». « Le déni a pris des proportions incroyables. »
Pourquoi cette courbe mérite-t-elle plus d’attention ?
Les spécialistes anticipent un El Niño exceptionnellement fort
El Niño est un phénomène climatique naturel durant lequel l’eau de surface du Pacifique tropical central et oriental se réchauffe de manière inhabituelle. Parallèlement, les vents et les patterns de précipitations se modifient, avec des répercussions bien au-delà des océans.
Le graphique montre des températures quotidiennes. Pour évaluer la force d’un El Niño, les experts examinent toutefois le réchauffement sur plusieurs mois. Ils observent aussi comment les températures de l’eau, les vents et les précipitations s’influent mutuellement. La NOAA prend en compte dans son indice climatique utilisé l’élévation générale des températures des mers tropicales. L’écart représenté dans le graphique ne peut donc pas être directement comparé aux seuils de leur prévision d’El Niño.
La projection de la NOAA du 10 septembre évoque une probabilité de plus de 90 pour cent d’un El Niño très fort à l’automne et en hiver 2026/27. Pour octobre à décembre, la probabilité d’un événement qui dépasserait les El Niño antérieurs depuis 1950 est estimée à 75 pour cent.
Le météorologue Andreas Fink, du Karlsruhe Institute of Technology, décrit dans une interview accordée au ZDF le 3 septembre une forte intensification au cours des derniers mois. Il anticipe un pic vers la fin de l’année.
Un phénomène naturel rencontre un monde plus chaud
El Niño est une fluctuation climatique naturelle. Or, les conditions dans lesquelles se produit cette fluctuation ont été modifiées par le réchauffement climatique d’origine humaine.
Fink décrit l’interaction dans un reportage BR mis à jour le 7 octobre comme une balançoire climatique entre des phases chaudes et froides. Ces fluctuations arrivent aujourd’hui dans une atmosphère plus chaude, capable d’absorber davantage de vapeur d’eau. En cas de fortes pluies, cela peut faire tomber davantage d’eau. Des pluies extrêmes pourraient donc être encore plus intenses, explique Fink.
Il faut distinguer cela de la question de savoir si le changement climatique renforce aussi la fluctuation d’El Niño elle-même. Des simulations informatiques détaillées indiquent que le réchauffement causé par l’homme pourrait amplifier les futurs épisodes El Niño. Dans quelle mesure cette fluctuation climatique naturelle évolue reste un sujet de recherche actuel, souligne la climatologue Daniela Matei de l’Institut Max-Planck pour la météorologie.
Les conséquences s’étendent jusqu’à l’approvisionnement alimentaire
Fink estime que les prévisions pour certaines régions sont relativement fiables : le long des côtes pacifiques de l’Équateur et du nord du Pérou, le risque de fortes pluies et d’inondations augmente. En Indonésie et dans le nord de l’Australie, sécheresse et incendies éventuels. En ce qui concerne le temps en Allemagne, les effets directs sont nettement moins certains.
L’Allemagne pourrait aussi être touchée sur le plan économique : des pertes de récoltes à l’échelle mondiale pourraient faire grimper les prix des denrées alimentaires même en Europe, avertit le climatologue Mojib Latif dans BR.
Le fait que des millions de personnes pourraient être en danger est aussi pris au sérieux par les organisations humanitaires internationales: la FAO et le Programme alimentaire mondial veulent, par des mesures préventives, protéger près de neuf millions de personnes dans 22 pays contre les effets potentiels d’un El Niño fort.
Les avertissements sont suffisamment clairs pour faire de ce développement une information majeure. Il s’agit de l’approvisionnement en eau, des récoltes et des moyens de subsistance de personnes dans plusieurs régions du monde.
Voici le cœur de la demande de Stöcker : les médias doivent expliquer clairement ce qui se profile tant qu’il reste du temps pour se préparer. Ceux qui racontent surtout le dérèglement climatique par des images de forêts en flammes et de villes inondées le font souvent seulement lorsque des populations perdent déjà leurs moyens de subsistance. Cette courbe rouge doit donc être au journal maintenant. Le public a besoin d’informations claires sur les risques qui se profilent, avant qu’ils ne se transforment en catastrophes.
Sources utilisées : ClimateReanalyzer, NOAA, ZDF, BR, MPI, WFP,
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