À 62 ans cette aide-soignante dévoile le montant de sa retraite après 38 ans à lʼhôpital

15 septembre 2026

À 62 ans cette aide-soignante dévoile le montant de sa retraite après 38 ans à lʼhôpital

Elle s’appelle Mireille, 62 ans, épaules solides et regard clair. Aide-soignante depuis presque quatre décennies, elle a rangé sa blouse l’hiver dernier. Après une vie à courir les chariots, les nuits de garde et les réveils à l’aube, elle a accepté d’ouvrir ses relevés, de nommer les chiffres, et de dire tout haut ce que tant d’autres murmurent. « J’ai commencé à 24 ans, j’en ai 62 aujourd’hui, et je touche 1 248 euros net par mois de retraite », confie-t-elle, sans amertume mais avec une lucidité tranchante.

Un parcours usant, mais assumé

Elle a travaillé 38 ans dans le même hôpital, en gériatrie, puis en médecine interne. « J’ai porté des corps, tenu des mains, appris à respirer avec l’angoisse des autres », raconte-t-elle. Les horaires en 12 heures, les week-ends, les jours fériés, les nuits qui s’enchaînent… « On sait que le métier est dur, mais on ne veut pas lâcher l’équipe. »

Mireille n’a pas perdu sa fierté : « Je me sens utile, encore aujourd’hui. Ce sont les patients qui m’ont tenue. » Pourtant, elle ne cache pas que les années pèsent, surtout quand le corps dit stop. Des lombalgies, un genou capricieux, et cette fatigue sourde qui ne part plus.

Le choc du premier versement

Le premier mois de retraite, elle découvre le montant. « J’espérais 1 400, je touche 1 248 euros. J’ai relu trois fois le courrier », explique-t-elle. Un chiffre qui la cloue, même si elle savait que les primes comptent peu dans le calcul. « On se dit qu’avec tout ce qu’on a fait, les nuits, les dimanches, ça va aider. Mais non, c’est minime. »

Elle détaille : « Sur ma carrière, j’étais échelle C, beaucoup de primes et un traitement de base modeste. À la fin, c’est le traitement indiciaire qui pèse, pas les heures qu’on a données. »

Pourquoi ce montant ?

Son dossier est classique chez les aides-soignantes de l’hôpital public. Cotisations régulières, quelques arrêts, une année à mi-temps pour soigner sa mère, et des nuitées payées en primes. « Les primes, c’est ce qui fait tenir le salaire. À la retraite, elles s’évaporent. »

  • Les primes hospitalières pèsent peu dans la pension, c’est surtout l’indice qui compte
  • Les périodes à temps partiel réduisent la moyenne prise en compte
  • Les années en catégorie active peuvent avancer l’âge d’ouverture des droits, mais n’augmentent pas forcément le montant
  • Les revalorisations récentes ont surtout touché les actifs, pas les pensions déjà liquidées

« On ne vous explique pas tout pendant la carrière, on avance, on fatigue, et on réalise trop tard », souffle Mireille.

Vivre avec 1 248 euros par mois

« Je ne me plains pas, je m’adapte », dit-elle. Son loyer est modéré, elle a fini de payer sa petite voiture, mais chaque dépense est une équation. « Je compare les prix, je cuisine plus simple, je coupe sur les sorties. » Elle rit doucement : « Le luxe, c’est le fromage du samedi et le bouquet de fleurs du mois. »

Elle a renoncé aux vacances loin, mais garde un fil de joie : « Je vais voir mes petits-enfants, je marche, je fais du bénévolat à la maison de retraite du quartier. » Elle a pensé à un petit complément, quelques heures d’aide à domicile, mais « le corps dit non ». Et puis, elle veut « apprendre à vivre autrement », sans les doubles journées.

Ce que cela révèle de notre système

L’histoire de Mireille n’a rien d’isolé. Elle traverse les couloirs et les salles de pause, se chuchote en fin de service. « Beaucoup ont peur de partir parce qu’elles ne savent pas vivre avec si peu », dit-elle. Les syndicats dénoncent des pensions « trop basses » pour des métiers essentiels. Les réformes récentes promettent des corrections, mais sur le terrain, la vie se compte en euros.

« On devrait regarder la pénibilité autrement, pas seulement en âge », estime Mireille. « Les mains qui lavent, les bras qui soulèvent, les cœurs qui encaissent… tout ça devrait compter. » Elle ne cherche pas de polémique, juste une vérité simple : « On a tenu l’hôpital, qu’on nous tienne un peu à la retraite. »

Ses conseils aux plus jeunes

Mireille parle avec une douceur ferme : « Notez tout, gardez vos relevés, renseignez-vous tôt sur vos droits. » Elle encourage à ne pas oublier sa santé : « Le corps n’est pas un outil inépuisable. » Et puis, un appel à la solidarité : « Parlez entre collègues, partagez vos infos, aidez-vous à voir plus loin. »

Elle insiste aussi sur la formation : « Monter en grade, changer de service, ça peut aider à améliorer la fin de carrière. » Enfin, elle recommande un petit rituel personnel : « Chaque mois, mettez de côté un billet, même petit. Le jour où ça bascule, ce billet vous rassure. »

Dans sa cuisine claire, la bouilloire chante. Mireille pose deux tasses, lève les yeux vers la fenêtre. « Je ne regrette rien. Je voulais être , avec eux. Aujourd’hui je veux être ici, avec moi. » Sa pension est modeste, sa parole est droite. Et dans ce chiffre nu – 1 248 – on entend surtout la valeur de vies soignées, la dignité d’un métier discret, et le besoin d’un pays de mieux reconnaître celles et ceux qui le font tenir.

Noé Valmont

Je m’intéresse aux produits que nous utilisons chaque jour, à leur composition et à leur impact réel sur la santé et l’environnement. Mon travail consiste à analyser ces éléments et à les rendre compréhensibles, sans détour. Je privilégie une approche simple et concrète : expliquer clairement, comparer efficacement et proposer des alternatives accessibles.