- Prévenir les maladies cardiaques nécessite une approche multifacette.
- Peut-être moins évoqué que le régime alimentaire et l’exercice comme interventions est le sommeil adéquat.
- Une nouvelle étude examine comment l’heure du coucher influence le risque de maladie cardiaque chez une personne. Des experts donnent leur avis.
Vous savez probablement qu’un régime sain pour le cœur et une activité physique régulière peuvent faire de grands progrès pour diminuer le risque de maladie cardiaque. Ce qui est peut-être moins envisagé comme canal pour la santé cardiaque, c’est le sommeil. Et ce n’est pas seulement la quantité qui compte—l’heure à laquelle on s’endort semble jouer un rôle dans le fonctionnement du cœur, ou dans sa manière de fonctionner.
Rencontrez les experts : John La Puma, M.D., médecin interniste certifié et spécialiste du sommeil; et Srihari Naidu, M.D., cardiologue et professeur de médecine à la New York Medical College.
Une nouvelle étude publiée dans BMC Cardiovascular Disorders a analysé comment l’inconstance des heures de coucher influençait sur le risque chez des adultes d’âge moyen de souffrir d’un infarctus, d’un AVC, d’une insuffisance cardiaque ou d’un décès d’origine cardiovasculaire sur une période de 10 ans, par rapport à ceux qui se couchaient à peu près à la même heure chaque nuit. Les résultats étaient alarmants, et pas du genre auquel on peut rester insouciant. Ci‑dessous, les médecins donnent leur avis sur ces conclusions.
Que révèle l’étude ?
Les chercheurs ont suivi 3 231 adultes finlandais, tous nés en 1966, chacun portant une montre de sommeil de niveau recherche au poignet pendant sept jours afin de suivre l’heure à laquelle ils s’endormaient, l’heure du réveil et le milieu de leur période de sommeil. Après 10 ans, les chercheurs ont croisé les données des participants avec le registre national de santé finlandais pour les infarctus, les AVC, les hospitalisations pour insuffisance cardiaque et les décès liés au système cardio-vasculaire.
À partir de ces données, les chercheurs ont réparti les participants en trois groupes : ceux qui avaient une heure de coucher régulière, ceux qui avaient une heure de coucher plutôt régulière (c’est‑à‑dire qu’ils s’endormaient dans l’heure qui suit à peu près la même heure chaque nuit), et ceux qui avaient une heure de coucher irrégulière (c’est‑à‑dire qu’ils s’endormaient à près de deux heures de la même heure chaque nuit). Même après ajustement pour les facteurs de risque cardiaques liés à l’âge et au sexe, ceux qui avaient des heures de coucher irrégulières présentaient un risque doublé de maladie cardiaque comparés à leurs pairs.
Étonnamment, ce risque était prédit uniquement par les heures de coucher irrégulières — les heures de réveil irrégulières n’avaient pas le même effet. « Et le risque était concentré chez les personnes dormant moins de huit heures, ce qui suggère que les dormeurs courts avec des heures de coucher irrégulières subissent un double impact », explique John La Puma, M.D., médecin interniste certifié et spécialiste du sommeil.
Pourquoi la régularité du coucher est-elle importante — pour la santé cardiaque et le bien‑être global ?
Ces résultats indiquent que non seulement la durée et la qualité du sommeil comptent pour la santé cardiaque, mais aussi l’heure à laquelle vous vous couchez. Pourquoi cela ? « L’horloge principale de votre corps est un amas d’environ 20 000 neurones dans le cerveau appelé le noyau suprachiasmatique », explique le Dr La Puma. « Elle organise une séquence nocturne de réparations synchronisée avec le moment où vous vous endormez. La tension artérielle chute. Le cortisol se résorbe. Le rythme cardiaque ralentit. Les vaisseaux sanguins se réparent. Quand votre heure de coucher varie d’une heure ou deux d’un soir à l’autre, vous infligez à votre cœur un décalage horaire. »
En y pensant ainsi, cela prend tout son sens. De plus, si vous éprouvez des difficultés à vous endormir à des heures constantes à cause du stress, par exemple, vous pourriez accumuler une inflammation corporelle globale au fil du temps, ce qui contribue au risque de maladie cardiaque — et pourrait augmenter des facteurs comme l’hypertension et l’obésité, ajoute Srihari Naidu, M.D., cardiologue et professeur de médecine à la New York Medical College.
Il faut noter que l’American Heart Association a récemment ajouté la régularité du sommeil à sa liste des éléments essentiels pour la santé cardiaque, aux côtés de l’alimentation, de l’exercice et de l’absence de tabac, rappelle le Dr La Puma.
Le fond de l’affaire
L’idée principale ici est que l’heure du coucher et l’hygiène générale du sommeil comptent — et peuvent même être considérées comme sacrées. « Établissez une routine avant le coucher et protégez-la », dit le Dr La Puma. « Je recommande un rituel de détente une heure avant l’heure où vous souhaitez dormir. Cela passe par un éclairage tamisé, l’absence d’écrans à lumière bleue, et une tasse de tisane à la camomille ou un livre papier, ou une musique douce. »
Si vous avez du mal à dormir, consultez un médecin — de nombreux troubles du sommeil, comme l’apnée du sommeil, sont traitables, et les faire évaluer peut en fin de compte améliorer votre qualité de vie et le risque de maladie cardiaque, affirme le Dr Naidu.
« Nous avons souvent tendance à oublier que le sommeil est là pour une raison, et que nous devrions traiter ce temps comme important », déclare le Dr Naidu. « Ce n’est pas parce que nous ne nous en souvenons pas que rien ne se passe pendant ce temps. Et il se trouve que ce qui se passe est assez important sur le long terme. » Il recommande de viser un coucher entre 22 h et minuit, ou plus tôt, de s’y tenir, et d’obtenir sept à huit heures de sommeil chaque nuit.